AMNESIA
IMAGES NOMADES & MÉMOIRES FANTÔMES /
AMNESIA présente un corpus d’oeuvres habitées par la question de l’hantologie*, de la mémoire et de l’oubli.
cette exposition se déploie dans une déambulation pensée comme un paysage mental, un lieu de présence et d’absence, nous invitant à ressentir chaque oeuvre à travers le prisme de nos propres spectres mémoriels, interstices amnésiques et autres réminiscences.
La malléabilité de l’image devient le fil conducteur entre les six artistes invité.e.s : Jeux d’émiettements, de fluidité et d’apesanteur construisent un espace de spectralité, entre visible et invisible, flux et impermanence.
Dans ce contexte, l’œuvre n’est plus envisagée comme une forme close et définitive, mais comme un espace ouvert, traversé par des temporalités multiples et susceptible de lectures sans cesse renouvelées. Loin de la figure du sujet créateur autonome, l'artiste est lui-même habité par des présences fantomatiques.Il n’apparaît plus comme le maître de l’image, mais comme un lieu de passage : son corps devient médium, traversé par des images mémoires qui précèdent et excèdent l’acte de création.
Un premier sas nous accueille par un ensemble de vidéos abstraites, au rythme chromatique — sorte de backup mémoriel — nous invite à abandonner toute référence tangible. Cette "antichambre" passée, apparait « Humanoïde de Lerne Réminiscence 2.0 » de Manon Pretto, seule présence matérielle, sculpturale, qui, tel le cerbère gardien de l’exposition, nous alerte sur le spectre bien réel de l’i.a, qui tente aujourd’hui de coloniser nos mémoires.
Face à cette machine techno-organique, les séries digitales « Mon Havre & Défragmentation » de Jean-Baptiste Perrot esquissent un « réalignement », interrogeant la part de libre-arbitre dans un monde dominé par le numérique. L’artiste y maîtrise bugs et erreurs, jouant de ses distorsions par la magie pigmentaire, comme autant de voiles révélant nos subjectivités mémorielles face à nos territoires biographiques. « Les soft-error deviennent métaphore visuelle de la manière dont le passé persiste et se réinvente. »
Ces œuvres dialoguent avec l’installation « 36 pauses à l’Est de 89 » d’Andréa Vamos, territoire sensoriel où images, sons, transparences et lumières se répondent. Forêt d’impressions sur celluloïd, gélatines, LED et vidéos se mêlent dans une œuvre polyphonique d’une douce poétique. L’espace, métamorphosé, évoque la rupture historique de la Yougoslavie en 1989 : un parcours en tension entre histoire et mémoire vive, où chacun devient l’architecte d’une résistance intime.
« Chambre d’échos » d’Aurore Pallet, caverne aux peintures luminescentes, sol en lac miroirs réfléchissant la lumière. Ce tunnel chromatique, entre lanterne magique et mirage, révèle peu à peu des fragments d’images et de mots, dont certains font échos aux œuvres des autres artistes _ Partage du sensible _ « persistance rétinienne, ou effet de l’esprit ° les images restent latentes ° ° ou se donnent à voir °petit à petit°. »
Le sujet de l’amnésie est abordé, par le film intimiste « la photo retrouvée » de Pierre Primetens, composé d’un collage d’archives super 8 réactivées par la voix off de l’artiste. Sorte de fantômes mémoriels, qui se mixent à l’installation «Amnésia 3» de Luz Blanco qui envahit l’espace par constellations : dessins sur textile, drapeaux de soie flottants, fragments d’objets et d’images, de néons et autres présences textuelles. L’artiste assemble des modules autonomes aux différentes historicités, qui se croisent et s’ accouplent par le regard du visiteur. « chaque médium entre matière et immatérialité composent un poème de présences, venant ponctuer l’espace, en partition visuelle ».
luz blanco.
* Hantologie : néologisme inventé par le philosophe Jacques Derrida, qu’il définit comme la manifestation métaphysique d’une trace à la fois visible et invisible issue du passé qui hante le présent.